Allocutions & Discours

Discours prononcés par le Président de la Compagnie Régionale lors d’événements ou cérémonies. - seul le prononcé fait foi -

Voeux du président Sylvain Boccon-Gibod - 8 janvier 2019

Bonsoir à tous

 

Comme vient de le rappeler Olivier, l’année 2018 marquera un tournant dans l’histoire de notre profession. Je voudrais commencer par remercier Olivier pour son action. Pour l’avoir côtoyé au jour le jour pendant les longues semaines de débats sur la loi Pacte, je peux témoigner de son remarquable engagement. Il a pesé sur les discussions, même si nous aurions tous souhaité un dénouement différent. 

Je tiens également à remercier tous les membres du Conseil Régional et les permanents, qui sans exception se sont impliqués avec ténacité dans ce combat.  Le Conseil Régional a fait preuve depuis 4 ans d’une cohésion remarquable. 

L’équipe restera inchangée pour les 18 mois prochains mois et nous sommes heureux qu’Olivier reste parmi nous comme vice-président.

C’est aussi l’occasion pour moi de saluer l’engagement à nos côtés du conseil régional de l’Ordre des Experts-Comptables et de son Président Damien Dreux.

Je suis heureux de pouvoir, à compter de ce jour, continuer l’action entreprise et apporter une pierre à l’édifice dans cette période de transition.

 

La loi Pacte, en ce qui nous concerne, est aujourd’hui dans sa forme quasiment définitive. Le dernier arbitrage susceptible de nous être favorable est celui des « Petits Groupes » (c’est-à-dire les groupe réalisant moins de 8 M€ de chiffre d’affaires). Il devrait se dénouer dans les semaines qui viennent.

La logique politique l’a emporté sur la logique économique. Sans doute avons-nous pâti de la méconnaissance de notre métier dans son environnement.

2019 ouvre une nouvelle ère.

 

Nous entrons en effet dans une période de transition. La période des vœux couvre traditionnellement les 12 mois à venir, un peu comme nos rapports. Pour les commissaires aux comptes, il s’agira exceptionnellement d’une période de 18 mois.

Ainsi, le calendrier officiel prévoit que les prochaines élections sont décalées au printemps 2020, pour une mandature démarrant le 1er juillet 2020. D’ici là, très concrètement, nous avons à gérer 3 grandes transitions :

 1. Une Transition sur le plan de l’exercice professionnel tout d’abord :

 o La norme dite « ALPE » (Audit Légal dans les Petites Entreprises ») va être finalisée et entrera en vigueur dans les mois qui viennent.

 o Le nombre de mandats « obligatoires » va commencer à se réduire.

 o De potentielles nouvelles missions sont susceptibles de voir le jour (à ce stade, je mets beaucoup de guillemets) et nous aurons l’occasion de revenir vers vous sur ce sujet.

 

2. Une Transition sur le plan institutionnel ensuite :

 o Dans un contexte où le nombre de commissaire aux comptes inscrits va certainement se réduire, le rôle (l’organisation, le budget…) de chaque institution va devoir être redéfini => CRCC, CNCC, H3C.

 Des changements matériels vont également s’opérer, puisque nous avons appris en fin d’année le rapprochement sur un même site à Paris de la CNCC et de l’Ordre des Experts-Comptables.

 o Le périmètre géographique des CRCC va évoluer, conduisant à des regroupements. Ainsi, les prochaines élections se dérouleront certainement sur un périmètre élargi « Auvergne Rhône-Alpes », ce qui conduira à redéfinir notre organisation afin de conserver un service de proximité pour chaque confrère.

 

3. Mais à côté de cette révolution réglementaire, une Transition naturelle s’impose à nous tous

 o Le numérique et la technologie prennent une part de plus en plus importante dans notre quotidien ;

 o Les jeunes qui intègrent nos cabinets expriment des attentes propres à leur génération en termes de management, d’équilibre vie professionnelle vie privée.

 

Ils expriment également, et c’est bien naturel, de l’inquiétude par rapport à leur avenir. Dans cet environnement complexe, les fondamentaux restent cependant inchangés. Le bon fonctionnement de tout système est basé sur la confiance.  La confiance, au sens large, est d’ailleurs un indicateur suivi au quotidien par différents baromètres (confiance des chefs d’entreprise, confiance des Français dans l’avenir, confiance dans les médias, confiance politique).

Dans un environnement où la surmédiatisation est devenue la règle, il est parfois difficile de démêler le vrai du faux. La question des « fake news » revient d’ailleurs de plus en plus souvent dans l’actualité. Ce que l’on peut appeler la publicisation des opinions vient bien souvent niveler les débats.

Nous avons la chance d’exercer une profession dont le cœur de métier est de délivrer de la confiance. (au bénéfice de l’intérêt général).

Nous devons être fiers de ce positionnement, qui repose sur notre indépendance. Nous devons collectivement le défendre.

 

La conséquence immédiate de la loi Pacte est la perte programmée de nombreux mandats, avec pour nos cabinets des impacts économiques dramatiques auxquels nous devons nous préparer. Mais il faut bien avoir conscience que la seconde conséquence/, majeure également, est la concentration des acteurs et les risques que cela fait peser sur notre indépendance. Et donc sur la confiance que nous défendons.

Depuis le début des années 2000 et l’affaire Enron, de nombreux scandales économiques sont intervenus, en particulier dans le monde anglo-saxon. Ils ont conduit à s’interroger sur le cadre de l’intervention des auditeurs, dont nous avons subi les conséquences à travers l’alourdissement constant de nos obligations.

La Réforme Européenne de l’Audit de 2016 avait pour but de limiter la concentration du marché. La loi Pacte conduira nécessairement à l’accélérer.

 Ce phénomène est déjà à l’œuvre chez certains de nos voisins européens. Ainsi, au Royaume Uni, c’est l’Autorité de la Concurrence qui s’est saisie du sujet.  Elle a publié un rapport préconisant 3 mesures principales pour y remédier :

- La séparation opérationnelle des activités des cabinets (audit d’un côté, conseil de l’autre) – pour mémoire, le débat sur la création de cabinets d’audit « pur » avait déjà été mené en 2016 en France et l’idée avait été écartée ;

 - La mise en place du co-commissariat aux comptes (reconnaissance d’une pratique qui existe déjà chez nous) ;

 - Une surveillance dans la désignation des commissaires aux comptes. Cette surveillance serait exercée par le régulateur de la profession (l’équivalent du H3C), qui aurait son mot à dire sur les nominations. Les clients ne seraient donc plus totalement maîtres de la nomination de leur commissaire aux comptes. Vous conviendrez que c’est un vrai problème.

 L’un des enjeux clés des mois et années à venir sera donc de conserver une profession forte dans sa diversité et dans son indépendance. Vous pouvez compter sur mon engagement total.

 

Alors comment accompagner ces transitions ?

La réponse à ce défi ne sera pas seulement institutionnelle.  Elle doit également être collective. Chacun d’entre nous construit la profession au jour le jour. Nous sommes capable d’évoluer et de nous adapter en permanence. Nous l’avons prouvé par le passé et nous devrons le prouver dans les mois qui viennent. Afin de donner de la confiance à notre environnement, nous devons en premier lieu avoir confiance en nos possibilités.

 

Premièrement, nous devons être un acteur influent de la vie économique 

Depuis plusieurs années, la Compagnie de Lyon a tissé des liens privilégiés avec les acteurs du monde économique, judiciaire, institutionnel, universitaire. Je les remercie pour leur présence ce soir.  A titre personnel, de nombreux confrères s’investissent et contribuent à valoriser notre profession au quotidien. C’est là aussi la force du collectif. Nous devons encore renforcer ces liens et ces engagements, afin que nos messages puissent être entendus.

 

Deuxièmement, nous devons tous valoriser nos actions au quotidien

Pour les « Petites Entreprises », le postulat de base va changer. Nous allons passer d’une mission légale obligatoire à une mission légale facultative. Un peu comme s’il était facultatif de s’arrêter au feu rouge. C’est donc l’intérêt porté à notre mission par l’entreprise, ses investisseurs, ses banquiers, ses clients, qui conduira à notre nomination.

En s’appuyant sur une norme qui nous permettra enfin de mettre en cohérence nos diligences avec la taille de l’entreprise, nous devrons être porteur de valeur ajoutée. Un nouveau format de rapport va voir le jour, le « rapport sur les risques ». Son contenu ne sera pas normé. Il devra être utilisé comme un outil dans le cadre de nos missions, sachant que le contrôle qualité devra lui aussi être adapté. Cette norme deviendra ce que nous, professionnels, en ferons.

 

Troisièmement, nous devons nous réinventer

Dès la fin de l’année 2017, avant même que le sujet « PACTE » ne soit connu, nous avions prévu l’organisation à l’automne 2018 d’une réflexion intitulée « Audit & Co ».

Conscients du besoin, son objectif était d’imaginer le cabinet de « demain ». La démarche était en avance de phase sur les débats de la loi Pacte, dont le calendrier a conduit à reporter Audit & Co. Audit & Co sera finalement organisée en juillet 2019, dans 6 mois, avec pour objectifs :

- de redéfinir l’ADN du commissaire aux comptes ;

- de nous interroger :

o sur les modalités d’exercice après la loi Pacte.

o sur les impacts en matière de ruptures technologiques ;

o sur la manière dont nous voulons exercer notre métier demain ;

Je vous invite à faire preuve de créativité en y participant, à venir partager vos idées, sans tabou. Cette invitation s’adresse naturellement aux confrères, mais également à nos partenaires et amis, en dehors de la profession, dont le point de vue externe est également précieux.

 

Dans ce contexte de changement, je m’attacherai, avec l’ensemble des élus du Conseil Régional à mettre en œuvre toutes les actions permettant d’accompagner cette transition. La profession joue un rôle sociétal. Elle travaille au service du bien commun. Le challenge est grand mais en tant que « Créateur de Confiance », nous nous devons en premier lieu d’avoir confiance en nous !

 

Je vous souhaite à tous et à chacun, une excellente année 2019 !

 Sylvain Boccon-Gibod

Voeux du président Olivier Arthaud - 8 janvier 2019

 

Mesdames, Messieurs, Chères Consœurs, chers Confrères, Chers amis...

Il y a 4 ans jour pour jour, j’évoquais devant vous le rôle du commissaire aux comptes au centre de la vie économique et financière de notre pays. Le commissaire aux comptes, gardien de la sécurité financière, avec une mission qui permet de préserver un facteur essentiel de la croissance : la confiance, car sans confiance, il n’y a pas de croissance et sans commissaire aux comptes, il ne peut pas y avoir de confiance.

4 ans plus tard, je suis plus que jamais persuadé de cette logique, pas forcément comprise par tous. 

Qu’est-ce qui a changé depuis 4 ans ? Ou plutôt, qu’est-ce qui n’a pas changé ? Le contexte économique et social de notre pays est toujours aussi difficile, voire plus encore… 

Le récent épisode des gilets jaunes prouve d’une part qu’il est dangereux de vouloir supprimer les corps intermédiaires dans notre pays, et d’autre part que la confiance est une donnée excessivement sensible qui peut s’envoler aussi rapidement qu’elle s’est instaurée. Les gardiens de cette confiance ne peuvent pas être méprisés au risque de voir le système tout entier s’écrouler. Je crois que le Président Macron l’a appris à ses dépens.

Il serait bien inspiré d’ailleurs de reconsidérer le rôle primordial de la justice dans notre pays et des professions qui œuvrent au service de l’intérêt général.

Permettez-moi de me retourner un instant sur ces 4 années de mandature… 4 années riches de rencontres, de projets, et de combats pour notre profession. Nous avons protesté, nous avons résisté, et nous avons agi, avec un seul objectif : faire porter une voix : celle de nos confrères en région !

En 4 ans, nous avons représenté les commissaires aux comptes des territoires, c'est à dire chacun d’entre vous, dans notre environnement économique, judiciaire, politique. 

Je crois que nous avons réussi à créer une relation privilégiée avec :

- Le parquet Général  et les magistrats,

- Les tribunaux de commerce, 

- La section Financière de la gendarmerie et la brigade financière de la Police,

- La chambre régionale des comptes,

- Le MEDEF,

- La presse régionale et plus particulièrement le Tout Lyon,

- Le CROEC, le CREF, le CJEC, l’ANECS,

- Les Universités et plus particulièrement le CLEA,

- Mais aussi les avocats, les fonds d’investissements…

 

Nous avons également représenté les commissaires aux comptes des territoires dans les instances nationales. 

C'est avec votre soutien que nous nous sommes impliqués pour prendre part aux échanges, aux réflexions, et refuser que l'on nous impose des décisions sans concertation, sans réflexion et dans la précipitation !

Quand je dis « nous », ce sont tous vos élus du conseil régional car nous avons travaillé main dans la main pendant ces 4 années.

 Le combat le plus marquant de 2018 aura été de loin celui de la loi Pacte. Tout a commencé il y a un peu plus d'un an dès l'annonce de la commande d’un rapport à l’Inspection Générale des Finances par la garde des sceaux aux assises de Paris. Et puis tout s'est enchaîné. Le 22 février 2018, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé à Colmar devant des chefs d’entreprises, sa volonté de relever les seuils d’audit au niveau européen (8M d’€ de chiffre d’affaires) et six mois après, la loi Pacte était déjà adoptée à l'Assemblée Nationale... tout est allé très vite !

 

Les élus du Conseil régional et moi-même avons tout donné dans ce combat qui a occupé une grande partie de notre temps de 2018,... Parfois avec de la voix, parfois avec colère, tristesse, et indignation face à une mesure injuste décidée avec précipitation par le ministre de l’Economie. 

Alors aujourd’hui, nous sommes de toute évidence considérés par beaucoup de nos confrères comme des résistants qui ont eu le courage de leurs convictions. 

Notre engagement n’a pas été vain car il a fortement contribué aux différents débats autour de la loi PACTE. Beaucoup de nos arguments ont été au final repris par les instances ou le H3C.

Notre lutte n’a pas été heureusement inutile même si le résultat est décevant. Elle permettra certainement d’améliorer les dispositions transitoires, les notions de contrôles dans les groupes de sociétés, d’ouvrir de nouvelles opportunités,… Nous espérons que la profession pourra obtenir quelques contreparties de cette brutale mesure de suppression de la mission d’audit au service de l’intérêt général dans les petites entreprises françaises.

Néanmoins, au mois de septembre dernier, nous avons voulu marquer notre désaccord avec la manière dont le combat a été mené par les instances nationales. Nous sommes donc allés au bout de nos convictions, nous avons dénoncé ouvertement les procédés et la stratégie de défense pilotée par la Compagnie Nationale, individuellement et sans concertation de la profession. C’est ainsi que les élus de la Compagnie Régionale de Lyon ont tous démissionné du Conseil national lors de notre assemblée générale annuelle. Et je vous le dis, nous ne regrettons rien ! Les innombrables soutiens que nous avons reçus des professionnels de toute la France ont illustré le bien fondé et la légitimité de cette décision empreinte d’honnêteté.

Mais désormais, ce combat sur la loi PACTE est terminé, et il est temps d’avancer, de nous tourner vers l’avenir et de reconstruire la profession. Cela ne pourra se faire de manière individuelle et solitaire. Nous devons renouer le dialogue avec la Compagnie nationale pour poursuivre la défense de nos idées et de nos convictions : protéger l’ADN de notre métier, notre mission de Justice au service de l’intérêt général. Nous devons poursuivre également notre lutte contre le risque systémique de concentration du marché de l’audit. Notre simple présence dans les échanges et les différentes orientations permettra une représentativité assurée, des cabinets indépendants des territoires prenant part au débat.

Plusieurs CRCC partageant la même sensibilité se sont regroupées il y a quelques mois et nous avons créé le collectif CAC en Mouvement qui constitue une partie prenante aux actions politiques menées par la profession. C’est une grande avancée et nous devons poursuivre dans cette voie avec le soutien du H3C.

Pour que ce dialogue soit renoué sur des bases solides, il doit être réengagé avec un nouvel interlocuteur pour représenter la CRCC de Lyon. Le temps est donc venu d’inverser le binôme que nous formons avec Sylvain Boccon-Gibod pour qu’il puisse être en première ligne. Bien entendu, ce n’est ni un renoncement de ma part ni la volonté d’abandonner la partie. C’est un choix réfléchi et même stratégique, fruit d’une réflexion avec tous vos élus. 

Je passe donc la main officiellement à Sylvain Boccon-Gibod, pour présider la CRCC de Lyon dès ce jour. Sylvain est un professionnel convaincu et brillant, qui a toujours été à mes côtés dans tous les combats de ces dernières années. Il guidera sa mandature dans le sillon de nos actions passées car nous partageons les mêmes valeurs et la même vision de la profession : je lui fais une totale confiance et je lui souhaite bonne chance.

Vous pourrez, vous le savez, toujours compter sur moi et sur mon engagement sans faille car j’aime sincèrement cette profession et je continuerai à lui rendre ce qu’elle m’a offert ! 

Je conclurai ce message en vous remerciant tous sincèrement, car vous m’avez fait confiance, vous m’avez encouragé et soutenu, même dans les moments de conflits les plus forts, vous n’avez jamais douté de mes convictions et la sincérité de ma démarche. Je vous en suis très reconnaissant. 

Nous nous recroiserons car je ne serai jamais loin mais sur d’autres chemins…

Olivier Arthaud

Prestation de serment du 25 avril 2018

Prestation de serment des commissaires aux comptes

Cour d’appel de Lyon – 25 avril 2018

Président de la Compagnie Régionale de Lyon.

 

Avant de m’adresser à vous, permettez-moi, chères consœurs, chers confrères, de remercier :

• Les personnalités qui sont venues assister à cette cérémonie 

• Les Présidents honoraires de la Compagnie Régionale 

• Les membres du Conseil Régional que je préside,

• Vos familles qui sont présentes et ne sont bien évidemment pas étrangères à votre réussite et aux valeurs qui vous animent et vous poussent à exercer le métier de commissaire aux comptes.

 

Chaque année, la Cour d’appel de Lyon a la gentillesse de nous accueillir dans ce magnifique endroit dont la beauté est à la hauteur de l’extraordinaire rôle que joue la justice dans notre société. 

C’est pour nous un grand honneur de pouvoir être ici aujourd’hui et j’adresse mes sincères remerciements (au nom de tous nos confrères) à Monsieur le Premier Président, Madame la Procureure Générale, Monsieur le Procureur Financier et toute la Cour.

 

Au-delà du formalisme écrit de la prestation de serment prévu par la loi, ce moment solennel d’un engagement oral pris devant la Cour d’appel par nos jeunes consœurs et jeunes confrères marque encore plus officiellement l’entrée dans la carrière d’un commissaire aux comptes.

Ce lieu nous rappelle que notre profession est une profession de justice avant tout au service de l’intérêt général et vous ne devrez jamais oublier, au cours de votre carrière, qu’il s’agit de notre ADN, même si en cette période incertaine des apprentis sorciers tentent une manipulation génétique de notre profession.

En effet, cette année cette prestation de serment est entachée d’une actualité inquiétante et d’une épée de Damoclès qui pèse sur l’avenir de notre profession que je ne peux passer sous silence.

Le projet de loi Pacte (Plan d’Action pour la Croissance et la Compétitivité des Entreprises) porté par Bruno Le Maire devrait être présenté en Conseil des ministres courant mai, avant d’être soumis au Parlement à partir de juillet.

Ce projet de loi se fixe un double objectif : améliorer la performance des TPE et PME françaises et rapprocher les Français de leurs employeurs, en les associant à la « marche des entreprises ».

L’une des mesures prévues dans ce projet de Loi est … la suppression des commissaires aux comptes dans les PME, en supprimant l’obligation de faire appel à eux pour certifier leurs comptes annuels. 

Si cette proposition se poursuit en l’état, elle bouleversera le périmètre d’intervention du commissaire aux comptes en relevant le seuil déclenchant l’obligation de certification pour les entreprises de 2 à 8 millions d’euros de chiffre d’affaires et elle supprimerait ainsi … 80% des mandats des commissaires aux comptes et 60% des confrères.

 

Permettez-moi de revenir un instant en arrière …

En mars dernier, l’Inspection générale des finances a émis un rapport commandé par les ministres de l’Economie et de la Justice, Bruno Le Maire et Nicole Belloubet, sur l’appréciation du rôle du commissaire aux comptes.

Au-delà de l’impact négatif direct du relèvement des seuils sur la profession de commissaire aux comptes, ce rapport en mesure les différents effets sur l’économie générale.

Peut-on raisonnablement laisser des entreprises représentant 354 milliards d’euros de chiffre d’affaires (14% du PIB national !) rester sans contrôle indépendant de leurs comptes ?

Le rapport de l’IGF conclut que le relèvement des seuils n’aurait pas d’impact selon les critères retenus. Aucun négatif n’est mis en évidence : la radicalité de l’analyse surprend. Il y est proposé d’alléger le contrôle des entreprises par les commissaires aux comptes et y est conclu que l’augmentation de l’opacité des marchés et de l’asymétrie de l’information consécutive à une réduction du contrôle exercé par un tiers indépendant (l’audit du commissaire aux comptes) serait censée n’avoir aucun effet sur le bon fonctionnement des marchés, de l’économie ni même sur le comportement des acteurs moins contrôlés !

Vous y croyez ? Cette conclusion est totalement contre-intuitive. Elle renie les acquis de la théorie économique moderne.

Elle heurte tout simplement le bon sens. Les entreprises seraient parfaitement informées de toutes les complexités administratives et seraient spontanément bienveillantes et soucieuses du bien commun de telle sorte que leur contrôle par un commissaire aux comptes serait d’autant plus inutile qu’elles sont de petite taille. Vous y croyez ?

Finalement le contrôle n’aurait aucun effet sur le comportement des agents économiques contrôlés. 

Poussons le paradoxe plus loin : pour quelle raison objective ce constat s’arrêterait-il aux seuils déterminés par l’Europe ? 

 

Des acteurs fiables dans leurs comportements et bienveillants tant que leur chiffre d’affaires reste inférieur à 8 M€ deviendraient peu fiables et tricheurs dès lors que leur chiffre d’affaires dépasserait ce seuil ? Vous y croyez ?

Alors pourquoi ne pas supprimer tout contrôle ? 

Comment croire que le travail du commissaire aux comptes, qui existe depuis 1870, est totalement inefficace et inutile ?

Ce rapport de l’IGF est-il bien fondé ou répond-il à une question dont la réponse a été écrite préalablement par les ministres ? 

Laissez-moi vous faire part de 3 éléments factuels :

- la Lettre de mission commandée à l’IGF,

- les 4 mesures d’efficacité analysées par l’IGF

- et enfin la date du rapport

Concernant la lettre de mission : elle prévoyait une analyse d’impacts et diverses propositions quant au relèvement des seuils. Qu’en est-il dans le rapport ? Rien ! Une seule option retenue : le relèvement à 8 M€ de chiffre d’affaires, sans doute un aveu d’incapacité à mener des conclusions satisfaisantes pour son premier lecteur sans faire d’analyse avec d’autres seuils.

Pour parvenir à cette conclusion, l’IGF retient quatre mesures de l’efficacité de l’action du commissaire aux comptes :

1. le degré de fiabilité des comptes évalué à travers les taux de refus de certification ou de certifications émises avec des réserves et de redressement (hors fraude), 

2. l’impact de la certification sur les capacités de financement des PME mesurées en fonction de leur cotation FIBEN,

3. l’impact de la certification par les commissaires aux comptes sur la viabilité des entreprises évaluée par le taux de défaillance,

4. l’abaissement du risque de fraude mesuré par le nombre de faits délictueux.

 

Enfin, les Présidents de CRCC ont été reçus le 2 mars par l’IGF… et le rapport est daté du 1er mars 2018 !

Tout cela n’est évidemment pas sérieux et injuste. C’est la résultante de notre système démocratique qui a l’art de mettre à des postes à responsabilité des ministres qui méconnaissent certains des sujets qu’ils ont à traiter. 

 

 

Je referme cette parenthèse en vous affirmant mon engagement et ma volonté pour combattre cette mesure inappropriée et contreproductive, avec tous les élus de la Compagnie, avec énergie et conviction. Notre devoir, votre devoir, est de résister, peu importe le résultat de cette action, nous nous serons battus pour préserver cette profession à laquelle nous croyons sans aucun doute, sans corporatisme mais parce que c’est évident, non ? 

Ciceron a dit : « Vivez en hommes courageux et si la fortune vous est défavorable, faites face à ces coups avec vos cœurs courageux ».

Nous avons besoin de vous, associez-vous à ce combat. Engagez-vous auprès de nous !

La justice est un principe philosophique, juridique, moral et fondamental, en vertu duquel les actions humaines doivent parfois être sanctionnées. 

Elle est la préservation de la santé de la société, la clé pour que le vivre ensemble puisse être possible. Cette notion n’a probablement jamais été autant d’actualité dans une société héritière de nombreuses années d’individualisme forcené et de perte de repères. 

D’un autre côté, l’économie libérale dans laquelle nous vivons en Europe considère que les libertés économiques (libre-échange, liberté d'entreprendre, libre choix de consommation, de travail, etc.) sont nécessaires au bon fonctionnement de l'économie et que l’intervention de l’État doit y être aussi limitée que possible.

Le libéralisme économique a bien évidement une limite reconnue par tous et tout le monde s’accorde à considérer que le fonctionnement efficace des marchés reste subordonné à l'existence d'une supervision et d'une régulation collective. Cette régulation peut se faire :

• soit par les pouvoirs publics, les ministères, les administrations dites « de tutelle» des activités concernées,

• soit par des autorités indépendantes.

Le commissaire aux comptes est un des régulateurs de l’économie. Nous sommes en revanche singuliers et atypiques, avec une position particulièrement hybride qui nous rend peu lisible par notre environnement. 

Nous sommes des entrepreneurs, des professions libérales, des indépendants dans l’âme et pourtant … 

Nous sommes également une profession très encadrée par des normes, un Code de déontologie, un contrôle d’activité, très surveillée par le H3C, la chancellerie, une profession qui accepte une lourde responsabilité civile et pénale dans l’exercice de ses prérogatives quotidiennes. 

Notre modèle est rare, unique, excessivement pertinent et innovant. Mais il est subtil et donc difficile à comprendre par tous, en commençant par les entreprises que nous auditons, et surtout par ceux qui nous gouvernent. 

 

Il me semble important de partager avec vous aujourd’hui quelques réflexions sur notre profession et d’essayer de répondre à 3 questions :

- d’où venons-nous ?

- qui sommes-nous ?

- quelles sont les qualités indispensables à l’exercice de notre métier ?

- Et enfin que l’on s’interroge ensemble sur notre avenir qui semble plus qu’incertain ce jour.

D’où venons-nous ?

La première apparition de la notion de Commissaire date de 1723 dans les statuts de la Compagnie des Indes avec, plus tard, la création des Commissaires de sociétés en 1863 après la découverte de scandales financiers dans l’industrie ferroviaire. Mais la véritable naissance de la profession date de juillet 1867, étant entendu qu’il est important de rappeler que c’est le marché qui a souhaité la création des Commissaires de sociétés et non l’Etat.

C’est ensuite la loi du 24 juillet 1966 qui pose les fondements de la profession de commissaire aux comptes (il y a donc plus de 50 ans).

La loi de 1984 relative à la prévention des difficultés des entreprises est venue ajouter à notre mission centrale de certification des comptes un rôle complémentaire en termes de surveillance des entreprises sur le volet de la continuité d’exploitation.

Dès 2001, et suite à l’affaire Enron, la LSF a modifié notre mode d’exercice professionnel avec notamment la mise en place du H3C chargé de surveiller notre profession.

Récemment, nous avons vécu encore une évolution importante avec la transposition en droit national de la Réforme Européenne de l’Audit qui a considérablement renforcé le rôle du H3C dans le fonctionnement de notre profession.

Croyez-vous qu’il existe beaucoup de professions libérales et indépendantes qui soient surveillées et régulées par un organe composé de magistrats ? Je ne crois pas, c’est bien la preuve de notre remarquable capacité d’adaptation.

 

Qui sommes-nous ?

Le rôle du commissaire aux comptes est avant tout de garantir la fiabilité de l’information financière publiée par les entreprises contrôlées. 

Nos missions d’audit et de certification des comptes, celles liées à la prévention des difficultés des entreprises (avec la procédure d’alerte) mais également celles qui concernent le respect de la probité du monde des affaires (avec la révélation des faits délictueux et la déclaration de soupçon), permettent d’entretenir un élément essentiel de la croissance : La confiance. Permettez-moi un petit slogan que j’affecte particulièrement :

Sans confiance, pas de croissance,

Sans commissaire aux comptes : pas de confiance.

 

C’est le message que nous répétons avec patience et pédagogie. 

La confiance est au cœur de la vie économique et nous, commissaires aux comptes, en sommes les gardiens.

Vous l’aurez compris, nous sommes un tiers légal indépendant au service de l’intérêt général. Ce n’est pas rien !

 

Mes chères Consœurs, mes chers Confrères, je vous félicite d’avoir choisi d’exercer ce métier passionnant et qui a du sens.

Ce moment solennel a pour objectif, notamment, de vous faire prendre la mesure du poids de votre engagement dans ce métier qui requiert des qualités professionnelles et morales importantes.

 

Au-delà de votre capacité intellectuelle et de votre capacité de travail sans lesquelles vous n’auriez pu obtenir le diplôme qui vous permet d’être présents ce matin, vous devrez avoir certaines qualités indispensables à l’exercice du commissariat aux comptes. Ces qualités, je suis persuadé que vous les avez déjà, mais il faudra les entretenir et les développer, et ne pas se laisser pervertir par la facilité qui consisterait à devenir un prestataire de services dont l’unique objectif serait d’accroitre son chiffre d’affaires.

C’est vous qui allez construire la profession de demain grâce à votre implication, grâce à vos convictions et grâce à ces qualités morales.

Je veux partager avec vous 5 qualités morales qui me semblent indispensables à l’exercice de notre profession : 

La compétence, l’indépendance, l’honnêteté intellectuelle, le courage et l’humilité.

 

Tout d’abord LA COMPETENCE :

C’est un prérequis que je ne vais pas développer, tellement il est évident que cette qualité doit vous animer chaque jour avec un effort régulier de formation. 

Mais attention, la compétence ce n’est pas appliquer bêtement des normes. 

Etre auditeur, ce n’est pas dérouler un process abstrait, remplir des questionnaires et cocher des cases, c’est s’intéresser à l’entité auditée et à ses managers, comprendre le secteur d’activité et ses particularités, sa stratégie, interviewer les hommes et femmes clés de l’organisation, entendre les signaux faibles de l’entreprise.

Nous sommes actuellement dans une situation dans laquelle les normes ne se contentent plus de montrer le chemin, mais nous enferment dans un tube car nous n’avons plus le choix des méthodes et ne pouvons plus exercer notre jugement. Nous sommes de moins en moins dans la réflexion et de plus en plus dans le réflexe. La finalité éthique de ce qui est accompli devient secondaire pour celui qui doit juste formellement faire son job. La forme a pris le dessus sur le fond.

Lorsqu’on suit une procédure et qu’on réalise un travail selon une grille rationnelle technique et instrumentale, le sentiment de responsabilité s’estompe. On s’absente de ses actes et on a tendance à oublier la réalité du contexte, on se repose sur le process.

Il faut bien évidement appliquer les normes, mais uniquement après avoir usé de sa réflexion, de sa conscience, de son intelligence. Obéir, c’est bien entendre, tendre l’oreille, c’est-à-dire comprendre. Il faut donc continuer à exercer son jugement en se posant la question de la légitimité des règles que l’on respecte, c’est la seule condition pour qu’obéissance ne devienne pas servitude.

 

L’INDEPENDANCE :

Ne tombez pas dans la facilité de notre époque où le principal moteur de beaucoup de comportements est l’argent. 

Soyez suffisamment courageux pour rester indépendants et intègres. Faites en sorte que l’argent ne soit pas votre principale motivation, prenez de la hauteur et faites les choses avec intelligence et avec honnêteté. 

L’indépendance ne se résume pas, comme certains aimeraient le faire croire, au poids des honoraires d’un client dans le chiffre d’affaires du cabinet d’audit. Un cabinet de grande envergure qui a des milliers de clients est-il plus indépendant qu’un cabinet de petite taille d’un jeune confrère qui s’installe ? Sincèrement, je ne crois pas, car dans le premier, le signataire est souvent enfermé dans un système de performance commerciale dont il est l’instrument et qui peut l’amener à prendre des risques pour ne pas perdre un client. Dans le second cas, le confrère est maître de son destin et il sait que la moindre faute professionnelle peut avoir raison de son cabinet. L’indépendance n’est pas une question de taille ou de procédures, et encore moins de normes : c’est un état d’esprit.

N’oubliez jamais que vous êtes avant tout au service de l’intérêt général et non de celui de l’entité auditée. 

Enfin, l’indépendance, c’est avant tout l’indépendance financière. Il faut donc que nos cabinets prospèrent pour garantir notre indépendance et cela passe par un maintien du prix de nos prestations à un niveau convenable. 

 

La troisième qualité indispensable est LE COURAGE : 

 

Vous devrez, au cours de votre carrière, régulièrement ferrailler pour imposer votre point de vue à vos clients et parfois à d’autres adversaires inattendus comme un ministre de l’Economie mais aussi des avocats, des experts comptables, voire même d’autres confrères comme votre co-commissaire aux comptes sur certains dossiers. 

Ne croyez pas qu’il soit par ailleurs facile de déclencher une procédure d’alerte ou de refuser de certifier des comptes lorsque votre client est persuadé que par votre décision son entreprise est mise à mort et que vous êtes au final le responsable du licenciement des salariés et de la perte de son patrimoine. C’est dans ces situations, qui sont notre quotidien, qu’il faut faire preuve avant tout de courage pour dire au client ce qu’il n’a pas envie d’entendre. Il faut alors rétablir la réalité des faits et faire comprendre aux dirigeants, avec pédagogie, quelles sont les véritables causes et responsabilités qui ont amené l’entreprise dans ces situations compliquées.

Nous avons l’obligation légale mais aussi morale de faire prendre conscience aux dirigeants des situations dangereuses ou interdites lorsqu’elles se présentent et agir en conséquence : alerte, révélation, refus de certifier, observations. Nos outils sont nombreux, mais ils ne se substituent pas à l’obligation d’échanger directement avec les dirigeants sur tous ces sujets, dès que nous les détectons. Ces échanges sont souvent pénibles, parfois virils, mais toujours très constructifs. 

C’est d’ailleurs grâce à notre pédagogie et ce dialogue permanent que nous arrivons à émettre dans moins de 2% des cas des rapports avec réserves ou refus. C’est parce que nous avons fait corriger les comptes, c’est ça notre travail.

L’HONNETETE INTELLECTUELLE :

Ce concept peut paraître un peu curieux, mais l’idée que j’aimerais partager avec vous est la suivante :

Etre Honnête c’est être loyal, être de bonne foi.

Du coup, l’honnêteté intellectuelle consiste à ne pas se mentir, à ne pas faire l’autruche, à dire les choses comme on le pense en sachant s’écarter de la pensée unique qui nous pollue. 

C’est savoir être différent, penser différemment, être critique, être décalé pour tout simplement être intelligent.

L’intelligence, c’est proscrire les comportements moutonniers, se méfier des consensus de place, des dépendances de sentier ...

Aborder les choses différemment, c’est tout simplement s’obliger à réfléchir, à avoir un regard neuf sur notre environnement et être par nature septique.

C’est au prix de cet effort de tous les jours que vous pourrez exercer votre jugement professionnel avec conviction et intelligence.

Et Enfin, L’HUMILITE : 

Notre métier est techniquement complexe et la part laissée à notre jugement professionnel est importante. Nous pouvons tous faire des erreurs techniques ou des erreurs de jugement. 

Ne soyez pas présomptueux parce que vous êtes diplômés d’études supérieures. Soyez respectueux de vos interlocuteurs, quelles que soient leurs origines, leur niveau d’études, leur poste dans l’entreprise que vous auditez et quelle que soit l’origine des cabinets dans lesquels vous travaillez et dont la notoriété ne peut en aucun cas justifier un manque de savoir vivre. 

Ces qualités : compétence, indépendance, courage, honnêteté intellectuelle et humilité me semblent devoir être des piliers de notre comportement quotidien pour que nous soyons, pour notre environnement, des exemples et des références. 

 

 

Quel est l’avenir de notre profession ?

Je reste persuadé que notre profession peut avoir un bel avenir, sous réserve que nous sachions :

- nous remettre en question, 

- convaincre ceux qui nous gouvernent de notre utilité,

- revendiquer d’autres champs d’interventions auprès de notre ministère de tutelle et de ceux qui gouvernent ce pays,

- être un minimum innovant et stratégique,

Et pour faire tout ça, la profession a cruellement besoin de l’énergie des jeunes pour que nous ne soyons pas une profession d’héritiers mais véritablement un relais incontournable entre le marché dicté par la rentabilité et l’Etat qui se doit d’assurer une certaine justice. Plus que jamais nous avons un rôle excessivement important à jouer. Il faut en avoir conscience et surtout en être fier.

Mais surtout, si vous devez retenir une idée de ce long discours, c’est celle-là : 

Notre profession a trop été une profession d’experts. L’expertise et la perfection nous ont sous-dimensionnés. A force d’être rigoureux, nous sommes devenus rigides, nous sommes devenus des petits vivants.

Or les jeunes générations ne sont pas attirées par le statut ou le devoir mais sont en quête de sens et animées par le désir. Plus que la reconnaissance, elles veulent faire quelque chose qu’elles aiment et en quoi elles croient. 

Pour devenir attractive, notre profession doit muter du statut d’expert vers le statut de manager et de leader. C’est la condition pour devenir des grands vivants et être attractifs.

Il est urgent de remettre la qualité des relations humaines au cœur de la logique de management des cabinets mais également dans les relations que nous avons avec nos clients. 

C’est à vous de faire bouger les lignes, et vous êtes les bienvenus dans les instances de la profession pour nous aider à faire grandir notre profession et à écrire notre avenir.

Nous le voyons encore aujourd’hui, notre profession n’est pas défendue par nos instances nationales, largement constituées d’associés de firmes d’audit anglo-saxonnes qui ont un intérêt évident au relèvement des seuils leur permettant d’éradiquer 60% de la concurrence et pouvoir être en position dominante avec plus de 70% du marché de l’audit.

Ce n’est pas ma conception de notre mission d’intérêt général et je pense qu’il serait dangereux que la quasi-totalité des entreprises françaises soient auditées par des firmes étrangères.

Il faut donc nous battre ensemble pour conserver notre modèle qui a fait ses preuves et éviter une concentration du marché qui serait catastrophique comme nous le lisons en permanence dans la presse étrangère.

La profession a besoin de vous pour se réinventer, de votre mobilisation pour sauver ce en quoi nous croyons !

 

Interview du Président en marge de l'audience de prestation de serment (France3)